• Ce matin, je vous propose un poème sur l'arbre que j'ai particulièrement aimé.

     

    L'arbre.

     

    Au-dehors l'arbre est là et c'est bon qu'il soit là,

     Signe constant des choses qui plongent dans l'argile.

    Il est vert, il est grand, il a des bras puissants.

    Ses feuilles comme des mains d'enfant qui dort

    S'émeuvent et clignent.

     

     Eugène Guillevic.

    

    Innimont ( chapelle )


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  • J'ai vu le menuisier. 

      

     

    J'ai vu le menuisier

    Tirer parti du bois.

    J'ai vu le menuisier

    Comparer plusieurs planches.

    J'ai vu le menuisier

    Caresser la plus belle.

    J'ai vu le menuisier

    Approcher le rabot.

    J'ai vu le menuisier

    Donner la juste forme.

    Tu chantais, menuisier,

    En assemblant l'armoire.

    Je garde ton image

    Avec l'odeur du bois.

    Moi, j assemble des mots

    Et c'est un peu pareil.

     

    Eugène Guillevic.

     


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  • " Tous les arts doivent s'aider l'un l'autre dans l'appréhension du futur ".

     

    Dans le cadre du Printemps des Poètes, la ville de Belley rend hommage au poète Eugène Guillevic.

     

         

                                                                        

     

    Eugène Guillevic est né à Carnac le 5 août 1907.

     

    Après un baccalauréat de mathématiques, reçu au concours de l'Administration de l'Enregistrement, il passe toute sa vie dans les administrations. En 1935, il est nommé au ministère des Finances et des Affaires économiques. A partir de cette date, il vit à Paris. Il prend sa retraite d'inspecteur de l'Economie nationale en 1967. Il mène donc de front ses deux carrières, celle de fonctionnaire chargé de lourdes responsabilités et celle de poète. 

    En 1969, il rencontre Lucie Albertini, belleysanne.De 1972 à 1996, il passe ses vacances estivales à Belley et se ressource dans le Bugey. Les paysages et l'atmosphère de notre région lui inspirent des poèmes et élargit ainsi son oeuvre.

     

    Auteur reconnu, il reçoit le grand prix de poésie de l'Académie Française et le grand prix national de poésie.

     

    Eugène Guillevic est décédé le 19 mars 1997 à Paris.

     

    Du 19 mars au 15 avril, la médiathèque de Belley propose une exposition sur le poète et ses oeuvres. Je vais tenter de lui rendre hommage dans de prochains articles en vous faisant découvrir certains de ces poèmes agrémentés de paysages bugistes.


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  • Pour la communauté " Le casse tête de la semaine " traitant du rêve, j'ai tout de suite pensé poème.Verlaine en a composé un qui illustre bien ce thème.

     

     

    L'amour n'est-il pas un doux rêve ?

     

     

    Mon rêve familier.

    Je fais souvent ce rêve étrange et pénétrant
    D'une femme inconnue, et que j'aime, et qui m'aime,
    Et qui n'est, chaque fois, ni tout à fait la même
    Ni tout à fait une autre, et m'aime et me comprend.

      

    Car elle me comprend, et mon coeur transparent
    Pour elle seule, hélas! cesse d'être un problème
    Pour elle seule, et les moiteurs de mon front blême,
    Elle seule les sait rafraîchir, en pleurant.

     

    Est-elle brune, blonde ou rousse? Je l'ignore.
    Son nom? Je me souviens qu'il est doux et sonore,
    Comme ceux des aimés que la vie exila.

     

    Son regard est pareil au regard des statues,
    Et, pour sa voix, lointaine, et calme, et grave, elle a
    L'inflexion des voix chères qui se sont tues.

     

    Paul Verlaine, Poèmes saturniens ( 1866 ).

     

    Le Bourget du Lac ( prieuré Saint-Maurice )

     

                                                 " Corinne " dans la " chambre d'amour ", sculpture de Jacques Coquillay.

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  •  

    Aix les Bains

     

    Ainsi, toujours poussés vers de nouveaux rivages,
    Dans la nuit éternelle emportés sans retour,
    Ne pourrons-nous jamais sur l’océan des âges
    Jeter l’ancre un seul jour ?

    Ô lac ! l’année à peine a fini sa carrière,
    Et près des flots chéris qu’elle devait revoir,
    Regarde ! je viens seul m’asseoir sur cette pierre
    Où tu la vis s’asseoir !

    Tu mugissais ainsi sous ces roches profondes,
    Ainsi tu te brisais sur leurs flancs déchirés,
    Ainsi le vent jetait l’écume de tes ondes
    Sur ses pieds adorés.

    Un soir, t’en souvient-il ? nous voguions en silence ;
    On n’entendait au loin, sur l’onde et sous les cieux,
    Que le bruit des rameurs qui frappaient en cadence
    Tes flots harmonieux.

     

    Lac du Bourget

    Tout à coup des accents inconnus à la terre
    Du rivage charmé frappèrent les échos ;
    Le flot fut attentif, et la voix qui m’est chère
    Laissa tomber ces mots :

    « Ô temps ! suspends ton vol, et vous, heures propices !
    Suspendez votre cours :
    Laissez-nous savourer les rapides délices
    Des plus beaux de nos jours !

    « Assez de malheureux ici-bas vous implorent,
    Coulez, coulez pour eux ;
    Prenez avec leurs jours les soins qui les dévorent ;
    Oubliez les heureux.

    « Mais je demande en vain quelques moments encore,
    Le temps m’échappe et fuit ;
    Je dis à cette nuit : Sois plus lente ; et l’aurore
    Va dissiper la nuit.

     

    Lac du Bourget

    « Aimons donc, aimons donc ! de l’heure fugitive,
    Hâtons-nous, jouissons !
    L’homme n’a point de port, le temps n’a point de rive ;
    Il coule, et nous passons ! »

    Temps jaloux, se peut-il que ces moments d’ivresse,
    Où l’amour à longs flots nous verse le bonheur,
    S’envolent loin de nous de la même vitesse
    Que les jours de malheur ?

    Eh quoi ! n’en pourrons-nous fixer au moins la trace ?
    Quoi ! passés pour jamais ! quoi ! tout entiers perdus !
    Ce temps qui les donna, ce temps qui les efface,
    Ne nous les rendra plus !

    Éternité, néant, passé, sombres abîmes,
    Que faites-vous des jours que vous engloutissez ?
    Parlez : nous rendrez-vous ces extases sublimes
    Que vous nous ravissez ?

     

    Lac du Bourget

    Ô lac ! rochers muets ! grottes ! forêt obscure !
    Vous, que le temps épargne ou qu’il peut rajeunir,
    Gardez de cette nuit, gardez, belle nature,
    Au moins le souvenir !

    Qu’il soit dans ton repos, qu’il soit dans tes orages,
    Beau lac, et dans l’aspect de tes riants coteaux,
    Et dans ces noirs sapins, et dans ces rocs sauvages
    Qui pendent sur tes eaux.

    Qu’il soit dans le zéphyr qui frémit et qui passe,
    Dans les bruits de tes bords par tes bords répétés,
    Dans l’astre au front d’argent qui blanchit ta surface
    De ses molles clartés.

    Que le vent qui gémit, le roseau qui soupire,
    Que les parfums légers de ton air embaumé,
    Que tout ce qu’on entend, l’on voit ou l’on respire,
    Tout dise : Ils ont aimé !

     

     

    Lac du Bourget

     

    Alphonse de Lamartine ( 1790-1869 ).

    Méditations poétiques ( 1820 ).


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